Disparus sans laisser d’adresse.

samedi 16 février 2008
par  Elisabeth Buhl
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Quelques documents intéressants trouvés dans les archives municipales de Munster.

Trois lettres datées de 1751 venant de Londres, découvertes par hasard dans un dossier [1] contenant des demandes de liquidation d’héritages ont éveillé ma curiosité et sont à l’origine de cette étude.

Ces demandes appelées suppliques émanent pour la plupart de parents proches, frères ou soeurs, mais également de neveux ou nièces de personnes absentes de longue date. L’absence des intéressés dont on est sans nouvelles peut varier de 10 à 40 ans avec une exception : la requête présentée le 18.6.1745 par Joseph FRANCK en qualité de curateur de l’Abbé DIFONY « qui s’est absenté il y 3 mois abandonnant ses meubles et effets. »

Mis à part ce cas unique, qui sont ces grands absents ? Il reste 41 demandes, dont 2 concernant des femmes sans plus de détails. Dans 5 cas nous savons avec certitude qu’il s’agit d’hommes qui "se sont fait soldat [2] et je ne pense pas me tromper en affirmant que c’était également le cas pour la très grande majorité des autres, qui étaient pour la plupart des fils de paysans, que la terre des ancêtres ne pouvait plus nourrir. Toutefois même des artisans ont pu endosser l’uniforme, ainsi Leonard ECKARD était perruquier, engagé dans le Rgt de La Marck, il a fait les campagnes d’Allemagne, et s’est trouvé à la bataille de Rossbach. Jean-Martin JAEGLE ,tricoteur- bonnetier (Hosenstricker), fils du Schultheiss de Metzeral quant à lui aurait été engagé dans un Régiment suisse à Naples.

Si l’on examine les lieux d’origine on constate qu’avec Munster pratiquement tous les villages de la vallée sont cités sauf Gunsbach, alors que Griesbach compte 5 absents.

En général le Magistrat donnait une suite favorable a ces requêtes, même si, pour citer le cas de Jean FEBEREY, la famille a dû en présenter trois, la première en décembre 1759 après 27 ans d’absence, la 2e en 1764 après 34 ans et le 26.3.1773 cela faisait 41 ans passés. Cette autorisation de disposer des biens de la personne concernée était assortie d’une clause restrictive qui spécifiait qu’en cas de retour de l’absent ou quelqu’un de ses descendants légitimes, les bénéficiaires devaient représenter le tout, soit meubles ou immeubles et fournir caution bourgeoise et être solidaires entre eux.

Comment se passaient ces engagements dans les armées ? Nous avons tous entendu parler des fameux sergents recruteurs. A cet égard nous avons la chance de posséder aux archives municipales des sources qui peuvent nous éclairer sur les méthodes utilisées, méthodes musclées s’il en faut.

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Quelques témoignages

Ces documents sont des plaintes, au nombre de quatre, déposées par des bourgeois en 1735 contre les recruteurs de deux régiments suisses « nouvelle levée en quartier d’assemblée en cette ville » et du régiment Royal Pologne [3]

La supplique la plus intéressante, que j’ai réservée pour la fin, est celle déposée par Joachim SIFFERT, cordier bourgeois de Munster concernant l’absence depuis plus de 10 ans de son frère cadet Jean né le 18.4.1724, fils du cordier Jean SIFFERT et de son épouse Cath. Anna HUMMEL. Cette supplique est particulièrement intéressante du fait que l’on trouve jointes les trois lettres de Londres citées ci-dessus, dont deux de Jean adressées à ses parents (il ignorait que son père était décédé depuis près de 3 ans), la troisième de Jean FRECH, cousin du requérant, qui sur sa demande a enquêté sur le sort du disparu.

La première lettre de Jean, après son engagement dans la Compagnie anglaise des Indes Orientales, datée du 30 Octobre 1751, est suivie quinze jours plus tard par une deuxième dont le ton a bien changé. L’optimisme de façade a fait place à une prise de conscience de la gravité de sa démarche et de ses conséquences. Ayant vendu tous ses biens c’est un véritable SOS qu’il lance à l’adresse de ses parents.

La troisième lettre date du 28 Avril 1762, donc 10 ans plus tard. L’ écriture serrée qui remplit trois pages est de la main d’un homme qui a l’habitude de manier la plume. Qui était Jean FRECH, fils du tailleur d’habits Jean Martin FRECH et de son épouse Susanna Christina SIFFERT, né le 15.5.1740 et qui au moment de son voyage à Londres avait tout juste 22 ans ? Quel pouvait être son métier ? Est-il revenu au pays ? Les registres paroissiaux restent muets à son sujet.


[1Arch. Municip. Munster FF 173

[2A.D.H.R. - Notariat Munster - 4E - 3.3.1761 Inventaire partage des biens de Joh. Georg König, fils de Joh. Georg König et de Catharina Bönlin, décédé à Rochefort, engagé dans le Reg. Hallweyl Suisse.
Arch. Ville de Munster GG 29 - Actes de décès de deux soldats du Reg. de La Marck. L’un, décédé au Cap de Bonne Espérance, l’autre à l’hôpital de l’Isle de France (Ile Maurice).

[3Arch. Municip. Munster EE 6


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