Double sépulture pour un chasseur

vendredi 11 janvier 2013
par  Admin
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Deux tombes pour un même soldat : on pourrait en sourire et penser à un canular. Pourtant il n’en est rien, on se trouve en face d’une énigme.

Retrouver la sépulture d’un soldat tombé lors de la Grande guerre n’est pas toujours aisé. Pour beaucoup d’entre eux, cela est tout simplement impossible. Il en va ainsi pour toux ceux (des milliers) dont la dépouille n’a jamais pu être retrouvée ou identifiée. Les champs de bataille ont été tellement bouleversés par les obus qu’il a été impossible de retrouver certains corps. Souvent même les cimetières provisoires, creusés à la hâte les lendemains de bataille, ont été irrémédiablement rayés de la carte par les effets dévastateurs du pilonnage d’artillerie ôtant ainsi tout espoir de localiser de façon certaine les soldats qui y ont été inhumés.

La mise en ligne de données concernant les victimes de guerre par les services du ministère de la défense a beaucoup facilité le travail des chercheurs. Le site « Mémoires des hommes » propose ses fiches sur les « Morts pour la France » et en complément le site « Sépultures de guerre » permet de retrouver les sépultures des militaires tombés au combat. Ces bases de données sont régulièrement enrichies et mises à jour.

Le généalogiste possède ainsi d’excellents outils pour retrouver la trace d’un ancêtre « mort pour la France ».

Mais on peut également y dénicher quelques surprises. Ainsi, le fait de se trouver en présence de deux tombes pour la même personne, s’avère particulièrement incongru. Pourtant c’est bien le cas du 1re classe Jean Benoît Brignon, chasseur du 68e B.C.A. « tué à l’ennemi » à l’Anlass Wasen, lieu dont les Français s’étaient emparés dix jours plus tôt.

Jean Benoît BRIGNON
Ce chasseur a deux sépultures officielles, l’une dans la nécropole du « Chêne Millet » à Metzeral (tombe n° 1389) et l’autre dans celle du « Bois du Maettlé » à Sondernach (tombe n° 123). S’il n’y a pas de doute sur la personne, les données biographiques des fiches des bases des « Morts pour la France » et de « Sépultures de guerre » faisant foi, force est de constater qu’il y bien eu une erreur dans l’attribution des tombes : au moins l’une d’entre elle ne contient pas la dépouille de ce chasseur.

Tombe de Metzeral (photo E. Babilon)
Tombe de Sondernach (photo E. Babilon)
On ne saura probablement jamais le fin mot de l’histoire, mais cette erreur est-elle si exceptionnelle ? On peut raisonnablement penser qu’il peut y avoir d’autres cas de ce type. Il ne faut pas oublier que les nécropoles ont été constitués plusieurs années après la fin de la guerre. Dans le début des années vingt, les corps ont été exhumés de la plupart des petits cimetières provisoires qui couvraient les alentours des champs de bataille pour être inhumés dans leurs tombes définitives de ces nécropoles. Certes, les transferts étaient bien encadrés, les tombes définitives répertoriées avec celles d’origine, les documents subsistent [1]. Mais dans les faits, il n’est pas impossible que des négligences aient été commises.

Notons ici que la seule différence entre les deux fiches de « Sépulture de guerre » (hormis le lieu de sépulture) est le lieu de décès du soldat : Metzeral pour l’une, Sondernach pour l’autre. Or le lieu précis où la victime est tombée est l’Anlass Wasen situé sur les hauteurs à mi chemin des 2 localités. Il est donc logique que le corps ait été déposé dans l’une des deux nécropoles mais cela ne résout en rien l’énigme.

Cet exemple d’erreur dans l’attribution de tombe et la question qui s’impose d’elle-même, à savoir qui est dans l’autre tombe, posent évidemment le problème de l’identification des corps. On peut croire qu’elle a, dans l’ensemble, été faite avec le maximum de sérieux par les militaires en charge de cette tâche. On peut également comprendre que cette identification n’ait pas pu être réalisée dans de très nombreux cas comme en témoignent les ossuaires des diverses nécropoles qui contiennent des milliers de corps anonymes.

Les moyens actuels d’identification sont évidemment bien plus sophistiqués qu’il y a un siècle. Ainsi on doit aux techniques et au savoir faire scientifique des archéologues de la Grande guerre de belles réussites, notamment l’identification des restes du lieutenant Alain Fournier, l’auteur du Grand Meaulnes, porté disparu en septembre 1914 dans le secteur des Eparges. L’espoir de retrouver des êtres disparus renaît en se nourrissant des possibilités nouvelles qu’offre la science.

A contrario, il est bien navrant d’apprendre que, de nos jours encore, des restes de soldats soient dispersés par des chasseurs de “trésors” peu scrupuleux qui, armés de détecteurs de métaux, hantent les anciens champs de bataille à la recherche de vestiges de guerre, bonnes trouvailles qui vont souvent se retrouver sur les sites d’enchères. Ces fouilles sauvages et destructrices, rendant les identifications de corps impossibles, sont un véritable fléau auquel sont confrontés les archéologues. Les soldats tués par la folie meurtrière de la guerre meurent alors une deuxième fois par la bêtise de certains collectionneurs.


[1Voir à ce propos le carré militaire de Munster


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