Églises simultanées dans la vallée de Munster

lundi 29 septembre 2008
par  Liliane Egele
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« Le 25 juillet 1684, un ordre royal institue le simultaneum dans 160 églises protestantes d’Alsace dont 50 subsistent en 2008 » (Les « Dernières Nouvelles d’Alsace » du dimanche 25 juillet 2008)

Dans la vallée rhénane, de la Suisse au Palatinat, existait le principe du cujus regio ejus religio ou : tel prince, telle religion, ce qui explique que des villages de religion (comme l’on disait alors) entièrement catholique aient été voisins de villages entièrement protestants, selon le prince auquel ils appartenaient. Il y avait cependant déjà des exceptions, telle celle de l’église Saint Adelphe de Neuwiller-les-Saverne, où le choeur avait été accordé aux catholiques dès 1563. Comme le prévôt du chapitre de Neuwiller était vicaire général du diocèse de Strasbourg dans les années qui ont suivi la capitulation de la ville (1681), il est vraisemblable qu’il ait suggéré à l’administration royale l’extension d’un procédé qu’il connaissait bien. C’est du moins l’hypothèse de l’historien Claude Muller.

La mesure débute avec six partages en 1682, huit en 1683, six en 1684, trente et un en 1685, année de la révocation de l’Édit de Nantes, vingt en 1686, quinze en 1687, cinq en 1688. Cette année-là, on compte quatre-vingt-douze églises simultanées en Alsace dont seize en Haute Alsace, où le protestantisme est nettement moins présent qu’en Basse Alsace. Cent soixante églises seront concernées en tout.

Dans la vallée de Munster, les églises de Gunsbach et Munster sont touchées par le décret royal dès 1686, Muhlbach en 1727 et Sondernach en 1758.

 I. MUNSTER

Église catholique Saint Léger Munster
Église protestante de Munster
1553 : par suite de l’introduction de la Réforme luthérienne dans la vallée de Munster, la messe est remplacée par le culte protestant. Les paroissiens catholiques ne pouvant plus se rendre à l’église Saint Léger doivent suivre la messe à l’église abbatiale.

1569, le 20 novembre : l’abbé Henri de Jestetten veut célébrer la messe dans l’église paroissiale mais il est refoulé par les munstériens en armes qui l’obligent à écouter un sermon du pasteur Paul Leckdey. Le lendemain, Jestetten occupe l’édifice, y reste jusqu’au 8 décembre mais les munstériens, brisant les portes de l’église, se la réapproprient. Henri de Jestetten finit par abdiquer en 1575.

1575 : du 15 au 19 mars, le traîté de Kientzheim stipule que Saint Léger revient entièrement aux protestants et que les catholiques doivent célébrer leurs messes à l’église abbatiale.

Pendant la guerre de Trente Ans (1618 à 1648), les soldats brisent le mobilier et utilisent le bâtiment comme écurie.

1685 : Louis XIV révoque l’Édit de Nantes qui autorisait le culte protestant dans le royaume de France, dont l’Alsace fait partie.

1686, janvier : introduction du simultaneum dans l’église Saint Léger ; un moine de l’abbaye de Munster devient curé de la paroisse.

1791 : la municipalité demande à conserver l’église abbatiale afin de mettre fin au simultaneum.

1804, le 8 janvier : « église mixte en bon état, car bâtie de neuf »

1842, 23 septembre : les catholiques disposent de l’église de 8 h à 10 h et de 13 h à 14 h, les protestants de 10 h à 13 h et de 14 h à 15 h.

1845 : « l’église mixte est en assez bon état d’entretien mais insuffisante, il faudrait en construire une nouvelle ».

1850, 18 décembre : le conseil municipal présente un projet de restauration de l’église mixte.

1852 : le consistoire protestant s’inquiète « de contestations des heures auxquelles les protestants ont droit à la jouissance de l’église ».

1853, 9 novembre : démarche conjointe du pasteur et du curé auprès de l’administration municipale : « Cette pauvre église mixte est notre honte vis-à-vis de Dieu, de nous-mêmes et de tous les étrangers. Le moindre, le plus pauvre village fait plus sous ce rapport que la ville de Munster ».

1858 : avant-projet de l’architecte Oliger de Colmar, prévoyant la transformation de l’église mixte en église catholique et la construction d’un temple.

1867, 1er janvier : consécration du temple dû à l’architecte suisse De Ruté, largement financé par la famille Hartmannn ; le simultaneum prend fin.

1892 : restauration de l’église catholique.

 II. GUNSBACH

Église simultanée de Gunsbach 1553 : la vallée de Munster passe à la Réforme

1555 : une église est construite sur l’emplacement d’une chapelle datant de 1413

1686 : introduction du simultaneum mais l’office catholique semble tomber en désuétude.

1753 : réintroduction du simultaneum

1804 : église mixte selon un état préfectoral

1807, 26 septembre ; le maire demande à entreprendre des travaux dans l’église.

1808, 27 février : les catholiques se plaignent de la destruction de l’autel et de la démolition de la sacristie.

1816, 2 juillet : « Le choeur ayant, par ordre du préfet, été rendu à sa destination, la permission d’y célébrer l’office divin fut accordée par le grand vicaire ».

1819 : « Le choeur appartient aux catholiques seulement ; l’office divin s’y fait aux enterrements des habitants catholiques et à la fête patronale ».

1852 : « Les catholiques ont la jouissance de l’église simultanée jusqu’à 10 h du matin et depuis 16 h. Les services du culte protestant se font à 10 h et 14 h. En cas de service ou de cérémonie extraordinaire qui prendrait sur les heures réservées à l’autre culte, le pasteur de Gunsbach et le curé de Munster ont l’habitude de se prévenir réciproquement pour trouver à s’arranger. »

1871 : « Les catholiques ne font pas à Gunsbach un office régulier ; on y dit la messe de temps en temps les jours de semaine ; on y fait les enterrements et les mariages et on célèbre chaque année la fête patronale. »

1883 : église toujours mixte.

1957 : conseil de fabrique et conseil presbytéral échangent une correspondance épineuse à propos de l’usage de l’orgue.

2008 : église toujours simultanée cependant, la messe n’est pas célébrée tous les dimanches.

 III. MUHLBACH-SUR-MUNSTER

Église Saint Barthélémy de Muhlbach-sur-Munster
Église protestante de Muhlbach-sur-Munster
1727 : introduction du simultaneum ; un bénédictin de Munster fait de temps à autre un office.

1739 : premier registre catholique.

1750 : convention fixant les heures des offices respectifs.

1756, 23 août : l’official du diocèse de Bâle se rend à Muhlbach et décide l’établissement d’un vicaire perpétuel.

1790, 21 juillet : le vicaire perpétuel du lieu estime que la desserte de la paroisse est pénible.

1804 : église mixte selon un recensement administratif.

1842, 7 novembre : les pasteurs insistent sur le fait que « les protestants sont nombreux aux heures du service religieux protestant » et que « les ministres du culte s’entendent à l’amiable ».

1845 : « L’église est en assez bon état d’entretien et est suffisante pour la population ».

1853 : depuis la venue d’un vicaire catholique, « il est dit une messe à Muhlbach le dimanche matin avant le service protestant ».

1883 : « L’église mixte est assez grande ; le petit choeur réservé aux catholiques assez convenable ».

1884 : « Il faudrait une église exclusivement catholique ».

1915, 21 juin : destruction de l’église mixte pendant les combats de la guerre et fin du simultaneum de fait.

1923, septembre : le conseil municipal décide la reconstruction de l’église mixte.

1923, octobre : Mgr. Ruch, évêque de Strasbourg, en refuse le principe.

1925, 29 janvier : le conseil municipal revient sur sa première délibération et envisage la construction de deux édifices.

1926 : les deux édifices sont érigés.

 IV. METZERAL–SONDERNACH

Église protestante de Sondernach Église protestante de Metzeral 1758 : construction d’un oratoire protestant appelé chapelle Sainte Emme, entre Metzeral et Sondernach.

1826 : introduction de fait du simultaneum, lorsque les catholiques célèbrent une première fois les vêpres trois ou quatre fois l’an, puis renouvellent les offices les années suivantes.

1842, 7 novembre : les pasteurs notent qu’il est « extrêmement rare qu’un service se fasse dans la chapelle Sainte Emme ; ce service d’ailleurs est toujours fixé à 15 h ».

1853 : un vicaire seconde le curé de Muhlbach et célèbre régulièrement une messe dans la chapelle un dimanche sur deux de 14 h à 16 h.

1854, 27 juin : « Nous n’entendons pas empêcher les catholiques de célébrer un service du soir à l’Emme mais nous craignons une extension des droits catholiques » note le pasteur au Directoire.

1871 : « On y dit la messe quand on le demande et les dimanches après-midi on fait le catéchisme tous les quinze jours ».

1895 : la commune de Metzeral fait construire une église protestante.

1900 : les protestants abandonnent officiellement leurs droits sur la chapelle de l’Emm en échange d’une indemnité catholique de mille marks.

Église catholique de l'Emm à Metzeral 1901 : construction de l’église protestante de Sondernach

Les deux édifices sont gravement endommagés par les bombardements de 1915 et ne sont rendus au culte qu’en 1924 à Sondernach et 1929 à Metzeral.

1931 : à l’initiative d’un curé, Martin Béhé, une église catholique « Notre Dame des Neiges » est édifiée à l’emplacement de la chapelle de l’Emm. Église mémorial, elle est consacrée aux morts de la guerre 1914-1918 dans les Vosges, notamment lors de la très meurtrière bataille de Metzeral en juin 1915.

 V. CONSTAT

Le fait que les chrétiens des deux confessions aient tenu à avoir leurs propres édifices de culte montre que le simultaneum était un « pis-aller » dont il fallait bien s’accomoder même là où il n’y avait pas eu de conflits entre paroisses. Albert Schweitzer, qui n’a pas desservi la paroisse de Gunsbach mais y a résidé encore après le ministère de son père et jusqu’à son décès en septembre 1965, avait peut-être une trop noble opinion du partage des lieux de culte lorsqu’il écrivait :

« Utilisée fraternellement, l’église de mon village m’a enseigné la tolérance. Mon cœur d’enfant déjà trouvait beau que catholiques et protestants célébrassent leur culte dans la même église. Et maintenant, je me sens pénétré de joie chaque fois que j’en franchis le seuil. Je souhaiterais que toutes les églises d’Alsace communes aux deux confessions demeurent telles, comme un gage, pour l’avenir, de la concorde religieuse à laquelle nos espoirs doivent tendre, si nous sommes de vrais chrétiens. » Albert Schweitzer (Souvenirs)

Documents consultés  :

1. « Le partage de Dieu » in Saisons d’Alsace N° 102, décembre 1988

2. Annuaires de la Société d’Histoire du Val et de la Ville de Munster, années 1975, 1980, 1983, 1988 : articles traitant du simultaneum dans la vallée de Munster.

4. « Les deux églises de Munster, bref aperçu historique » brochure éditée par les paroisses catholique et protestante de Munster et la SHVVM ; auteurs : Gérard Leser et Gérard Jacquat.

5. « Les églises protestantes de la vallée de Munster » dépliant édité par « Église et Tourisme » pour le consistoire protestant de Munster.

6. Article de Samuel Wernain sur l’église Saint Barthélémy de Muhlbach-sur-Munster. Avec mes remerciements à l’auteur pour ses autres indications.


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