Fonte de quatre cloches en 1767 à Munster

dimanche 31 août 2008
par  Georges Bordmann
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Transcription et traduction de l’acte en fin d’article

En juillet 1767, eut lieu à Munster une petite guerre des cloches, qui, aujourd’hui, nous paraît bien dérisoire, voire ridicule mais qui, à l’époque a dû causer bien des tracas aux autorités de la ville. Le clocher de l’église St Léger, qui était alors un simultaneum, contenait quatre cloches dont deux dataient seulement de 1755 mais, manifestement, elles ne donnaient pas satisfaction et la refonte de l’ensemble des quatre cloches a été décidée.
La fonte des cloches, à cette époque, se faisait toujours au pied des clochers par des fondeurs itinérants ; à Munster, on a fait fait appel à Nicolas ANTOINE, un Vosgien d’Urville qui avait très bonne réputation. Il était certainement catholique et voulait faire ses cloches selon la tradition catholique mais la communauté protestante a vivement réagi comme le prouve le texte qui suit. [1]

Notte
des insolences commises par les Luthériens à l’occasion de la refonde (sic) des cloches de l’église parroissiale authorisée et approuvée par une ordonnance de Monseigneur l’Intendant en datte du …

Le mercredy 22 du mois de juillet 1767 les Luthériens s’étant attroupés comme des véritables séditieux et révoltés, se sont présentés chez Mr PASTORIUS Bourgmaître régent où ils luy ont manqué de respect de la façon la plus indigne.

De là ils se sont transporté chez Mr BAUDINOT Bourgmaître catholique où ils ne se sont pas mieux comportés puisqu’ils ont poussé l’insolence jusqu’au point de menacer à l’hôtel de ville même de prendre les armes contre le magistrat et les catholiques.

La cause de leur révolte n’est pas, au fond, la refonde des cloches, mais les cérémonies de l’Eglise qui se pratiquent à leur Bénédiction, et la figure d’un crucifix et celle de la Ste Vierge qu’on imprime sur les cloches. On l’a appris de leurs propres bouches, ils ont débité ces discours publiquement et ont été assé osés que de le dire au fondeur même en l’assurant qu’ils resteront tranquils s’il ne met pas ces figures sur les cloches qui doivent être fondus.

Mais voyant que ce fondeur ne vouloit pas les écouter dans leur demande, n’étant pas en son pouvoir de le faire, il n’y a sorte d’outrage et d’infamie qu’ils n’ayent exercés pour le dégouter de l’ouvrage et faire manquer sa fonde, ayans eu la témérité de jetter des pierres dans les moules déjà formés, et d’y chasser des noyaux de cerises par une espèce de tuyau ou cerbacane, pourroit-on croire qu’ils ont poussé l’indignité jusqu’au point de faire leurs ordures dans la terre grasse que ce fondeur avoit délié et appretté pour enduire les moules et qu’après avoir commit cette action, ils ont légèrement couvert ces immondices pour qu’il y jette ses mains lorsqu’il voudra la mettre en œuvre. Le faite est néanmoins aussy vray qu’il est honteux et digne de la répréhension la plus sévère.

Il n’y a enfin sorte d’injures et de propos méprisans qu’ils n’ayent débités contre la religion catholique et ceux qui la professent, les menaces dont ils les ont accompagné a obligé le marguillier catholique de s’absenter pendant plusieurs jours de la ville dans la crainte où il étoit qu’on ne le maltraitat pour avoir ouvert la porte de la tour au fondeur qui avoit besoin d’aller a(u) clocher pour détacher un morceau d’une cloche qui doit être fondue pour en reconnaître le grain et la qualité, et la femme de ce marguillier en sortant de la boucherie et passant sur le rempart pour n’avoir osé passer par la ville dans la même crainte où elle étoit d’être attaquée par ces sédicieux fut néanmoins par eux atteinte, poursuivie à coups de pierres jusqu’auprès de sa maison.

Les assemblées nocturnes et illicittes qu’ils ont tenus depuis le 22 juillet jusqu’au 28 ont produit des effets encore plus condamnables c’est là où ces gens voulans se surpasser l’un l’autre, et paroitre ennemis de tout ce qui a trait à la catholicité ont poussé la conversation sur cette matière jusqu’aux blasphèmes et l’irreligion et en renouvelant leur aversion pour la bénédiction des cloches, la figure du crucifix et de la Ste Vierge qu’ils prévoient devoir être appossés aux cloches qui seront fondus ; les uns n’ont pas hésités de dire qu’il étoit fort inutil d’y apposer de tels barbouillages, les autres voulans enchérir sur ceux-cy ont eu l’impudence de dire qu’ils ne souffriront jamais qu’on mette ces marques d’idolatrie sur ces cloches qui leur appartiennent à l’exclusion des catholiques, qui n’en usent que précairement et par un effet de leur pure volonté.

Cette dernière affirmation est fausse puisqu’en 1755, les catholiques ont fait une souscription pour le paiement de deux cloches qui avaient alors été fondues par Nicolas FERRY un fondeur de St Dié. Cette souscription a été suffisante pour payer l’ensemble des frais comme le prouve le document ci après. [2]

Nom Localité £ Sols Den.
Herr Bügermeister Baudinot 12
H. Meyer Stadtschreiber 12
H Degermann 3
H. Tavernier 3
H. Dritsch 3
H. Boyet der Jung 3
Mme Wimpst 3
H. Wipff 6
H. Schwindenhammer
H. Brandhueber der Vatter 6
H. Biquet 3
H. Boyet 6
H. Frands 6
H. Styr zu Sondernach
H. Bossené zu Metzerall
H. Stockher zu Breitenbach 3
H. Steiner zu Mühlbach 3
H. Zimmermann zu Stosswir 6
H. Joseph Humbert zu Münster 1 10
H. Brandhueber der Jung 6
H. Marquard 1 4
H. Joseph Florence 6
H. Martin Maller ? 3
J. F. Marianna Zimmermann 6
Johannes Ley 3
Jacob Duvergé 1 4
Claude Pierre Vetheim ? 1 4
Pete Hablitz 1 4
Elisabetha Blüchin 12
Joannes Voney 1 4
Joseph Betzel 4
Frantz Binger 18
Paul Demange 1 4
Claus Martin Thirry 6
Johannes Probst 1 4
Frantz Straubhaar 2
Joseph Clement 4
Theresia Albatzin 2
Johann Baptiste Ramser 3
Mathis Jund 4
Thomas …tzin von Fasseneckh 12
Johannes Lewy 6
JohannGeorg Vogt ? 6
Jeanbaptiste Pierrot 1
Heinrich Jundtt 10
Joseph Herold 16
Joseph Jund 12
Cathrina Thierry veuve 6
Niclauss Humbert 6
Margaretha Minery 2
Catharina Jundin die Dochter 2
Salome Jundin die Dochter ½
Barbara Schilderin Wittib 2
Johann Martin Köbelen 1 4
Maurice Peret 1 16
Heinrich Felss 12
Joseph Spisser 3
Johannes Albatzin 12
Paulus Baumann 2
Thomas Martin
Madame Brussigny 1 4
Hans Michel Stähle 12
Hans Adam Cossel 12
Johannes Abent ? 1 5
Cladmas Voin ? 12
H. Beter Martin 6
H. Johan Niclo Perin 3
Niclaus Martin 3
Joseph Albasin 12
Josebh Wicky 3
Jacob Se… Wicky 2
Sthonnas Florentz 6
Gabriel Martin 4 6
Schira Gunny 3
Johannes Hueberes Wi(ttib) 8
Moritz Mariner 3
Johannes Frölich 12
Johannes Müller 6
Sebastian Häck 12
Niclaus Genet 1 4
Andony Albasin 1 4
Conrat Büschler 12
Elisabeth Möglerin 12
Andony Florantz 12
Beter Ro..S ? 12
Simon Simon ? 12
Joseph Martin 1

Total dessen so Vermög dissen Etat gegeben und durch ihnen Herren Wipff bezogen wordten.
Anno 1755 : 157£ 5s 6d.

Transcription de l’acte de baptême des quatre cloches

« Campanæ

Hodié vigesimâ tertiâ augusti anni millesimi septingentesimi sexagesimi septimi benedictæ et consecratæ sunt a Domino Benedicto Aubertin priore hujus abbatiæ meritissimo, ab Episcopo ad hoc commisso, quatuor campanæ parochialis ecclesiæ ad Sanctum Leodegarium in Munster.

Campana major sub nomine Sanctissimæ Genitricis Mariæ, sequens sub nomine Sancti Leodegarii patroni dictæ parochiæ, tertia sub nomine Sancti Joseph, quarta sub nomine Sancti Joannis Baptistæ, assistentibus præclaris ac honorandis viris Domino Josepho Barth hujus civitatis prætore regis, Domino Josepho Baudinot in eâdem valle ac civitate consule, ac honesto juvene Domino Ignatio Meyer filio Archigrammatæi, item Dominâ Theresiâ Rohmer dicti prætoris uxore, Dominâ Magdalenâ Wimpff dicti Archigrammatæi uxore ac præclarâ Domicellâ Veronicâ Baudinot.

Quæ dictæ campanæ die 19 præcedenti feliciter fuerant fusæ. Quibus omnibus etiam præsens fui. JB Streicher Parochus »

Cloches

Ce jour, vingt-troisième d’août de l’année mil sept cent soixante-sept furent bénies et consacrées par Dom Benoît Aubertin, le prieur très méritant de cette abbaye, commis à cela par l’Évêque, quatre cloches de l’église paroissiale Saint Léger à Munster.

La plus grande cloche au nom de la Très Sainte Vierge Marie, la suivante au nom de Saint Léger, patron de ladite paroisse, la troisième au nom de Saint Joseph, la quatrième au nom de Saint Jean Baptiste en présence des très remarquables et très honorables personnes Messire Joseph Barth, préteur royal en cette ville, Messire Joseph Baudinot, bourgmestre en cette vallée et ville, et de l’honorable jeune homme Messire Ignace Meyer, fils du Greffier ainsi que de Dame Thérèse Rohmer épouse dudit Greffier et de la très remarquable Demoiselle Véronique Baudinot.

Lesquelles cloches susdites avaient été heureusement coulées le 19 (jour) précédent. Tous événements auxquels je fus aussi présent.
JB Streicher prêtre.


Les 11 et 12 août 2006, la paroisse catholique de Munster faisait couler des cloches dans les jardins du presbytère par l’entreprise Voegele.

Ci-dessous, quelques images de cette fête.


[1Archives de Munster FF 202 (Orthographe de l’époque : 1767)

[2Archives municipales de Munster GG 44


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