L’immigration dans le Val St Grégoire au XVIIIe siècle

samedi 1er novembre 2008
par  Michel Raugel
popularité : 100%

La Guerre de Trente Ans (1618-1648) fut pour l’Alsace la période la plus tragique, la plus catastrophique de son histoire. La province fut saccagée, pillée ; certains villages disparurent complètement. La famine, les faits de guerre, les épidémies décimèrent la population.
Durant les années qui suivirent le Traité de Westphalie (1648), la paix ne se rétablit pas immédiatement. Un édit de 1662 appela français et étrangers à « se retirer dans le pays d’Alsace ». À cette époque, le peuplement n’était plus que de 250 000 personnes environ ; beaucoup de terres restaient en friche, certaines, même, n’avaient plus de propriétaires. Il fallait donc du monde pour s’adonner à la culture, mais également, comme après toute guerre, pour reconstruire.

Au XVIIIe siècle, ce n’est qu’après les guerres de Louis XIV que le pays put à nouveau prospérer. Après le rattachement de l’Alsace à la France, la physionomie politique du pays avec ses seigneuries et ses villes libres restait pratiquement identique. Les contraintes religieuses de Louis XIV ont poussé certains Alsaciens protestants à émigrer, surtout en Basse-Alsace ; la re-catholisation est en marche ; l’immigration francophone en est une image, Louis XIV la privilégiait surtout pour repeupler les grandes villes.
Mais l’immigration provenait beaucoup aussi des pays voisins que sont la Suisse, l’Allemagne, l’Italie. Il fut fait appel aux Suisses pour repeupler les campagnes, aux Autrichiens du Tyrol pour s’établir dans les régions montagneuses et aux catholiques (sauf à Mittlach dans le Val de Munster protestant). Il en vint même de Provence, d’Italie, comme les ramoneurs savoyards.

Dans le Val St Grégoire, entre 1730 et 1789, les sources de l’immigration sont de trois sortes : les étrangers proprement dits, les Lorrains, les Alsaciens de Haute et Basse Alsace et, parmi ceux-ci, les habitants des seigneuries étrangères dans la province sont une particularité.

Cette étude sur l’immigration a été faite par l’examen de 332 demandes de droit de bourgeoisie ou de manance déposées aux Archives Municipales de Munster. Sur ces 332 demandes, il a été dénombré 256 nouveaux arrivants.

  • Étrangers : 100
  • Alsaciens
    — Val d’Orbey : 30
    — Colmar : 16
    — Haute-Alsace  : 37
    — Basse-Alsace  : 16
  • Lorrains  : 13
  • Francs-Comptois : 1
  • Non localisés : 43
    — 10 noms à consonance française
    — 33 noms à consonance alémanique

Tous ces nouveaux arrivants, qui avaient surtout des professions manuelles, voulaient se fixer après avoir « roulé » un peu partout en exerçant leur métier, ou après avoir épousé une jeune fille bourgeoise ou une veuve d’artisan. Ils étaient boulangers, charpentiers, cordonniers, cordiers, chapeliers, forgerons, papetiers, tisserands, maçons, tonneliers, etc. Certains autres, maîtres d’école, pharmaciens, apothicaires, chirurgiens, opérateur-accoucheurs ; les gens du Val d’Orbey, plutôt fermiers, censiers au service de l’abbaye. Il y avait entre autre un Hutfärber et un Suisse qui était Oel und Wasserbrenner von Kräutern. Un perruquier voulut s’implanter, mais n’insista pas faute de clients ! Certaines de ces personnes mériteraient que l’on s’attarde sur leur cas.

Origine des étrangers :

  • Allemagne : Bade (19) - Wurtemberg (18) - Saxe (7) - Franconie (2) - Palatinat (2) - Souabe (2)- Thuringe (2) - Bavière (3) - Bohème (3) - Brunswick (3) - Hesse (3) - Silésie (3)
  • Autriche : (5)
  • Suisse : (29)
  • Italie (Savoie) : (1)
  • Seigneuries étrangères en Alsace : (8)

Patronymes des immigrants dans le Val St Grégoire

  • Allemagne :
RégionNoms des immigrants
Bade ARNOLD - EHRISMANN - FILLINGER - FREY - HAMMER - HEINRICH - HEITZMANN - HERDER - HERZOG - KÖLLE - KALTENBACH - LÖFFLER - MOSSMANN - NUSSBAUMER - OBRECHT - REINBERGER - STEIGER - STRAUBHAAR
Bavière SCHÜSSLER
Bohême TIRRICHTER
Brunswick MARQUARDT
Franconie BINGER - HEYLANDT
Hesse DIPPEL
Palatinat SCHRANK - SCHREINER
Prusse MÜLLER
Saxe BAUMGARTEN - BUCHMANN - FRANCK - GÜNTZE - JAHN - WIRTH
Silésie ADLER
Souabe KNITTEL - SCHELL
Thuringe BREMPER - HOMBERGER
Wurtemberg ASSELMEYER - ENCHELMEYER - GECKELER - GRUNDLER - IRION - KÖNIG - LEHMANN - LUTZ - MÜLLER - RIEGERT - RIFF - SCHMIDT - SCHWARTZ - STICKEL
sans précision DUSCHNER - HELLER - LEY
  • Autriche : FLEIH - SCHMITT - WACHTER - WEBER - WIRTH
  • Suisse : BÄR - BESSERRER - EBELE - FELLER - FÖHR - FRISCHKNECHT - HÄFFLINGER - HODEL - HUG - MILLEMANN - NEEF - NEFF - SCHÄRER - SCHMÖSCHI - STUDER - SUTTER - WÄFFLER - WICKY - WUTSCHY
  • Italie : BONZON
  • Seigneuries en Alsace : COSSAT - GOETZ - HOCHMEYER - HOCHHEIMER - HENKY - PABST - SCHWOB
  • Colmar : GRAFF - HANHART - HENNER - KIENER - MULLER - OESINGER - SCHERGER - SCHLUND - SCHÜBELIN - STÄHLIN - etc.
  • Val d’Orbey : ANCEL - ANSEL - BATOT - CLAUDEPIERRE - DEMANGEAT - DEPARIS - FRANÇOIS - FLORANCE - GUILLEMAIN - HUSSON - JACQUES - KORMANN - MARCOT - MASSON - MANGIN - MATHIEU - MICHEL - OLRY - PARMENTIER - ROUSSELOT - TOURNET.
  • Haute-Alsace : BARTH - BENLE - BURGHARDT - FEHLMANN - FERBLANC - HECHLER - JAEGLE - HASSENBÖHLER - MENGIS - NUFF - LINDEL - RIEGE - SCHOTT - SPIES - STENGER - VOGEL - WECKERLE - WERMELINGER - WILLNECKER - RITTERMANN
  • Basse-Alsace : CHRISTMANN - DESCHAMPS - GRANDGEORGE - GRUND - HECHINGER - KAEUFLING - KRIEGER - LORENTZ - SCHEPLER - SCHENCKBECHER - etc.
  • Lorraine : CUNY - DELACOTE - DIDIER - GERMAIN - JEANNETTE - MACHARD - PERE - PIERRAT - TOUSSAINT.

Nombre de ces immigrants ont fait souche dans la vallée de Munster et beaucoup de familles ont parmi leurs ancêtres une des personnes venues d’ailleurs.


Voir également l’article Droit de bourgeoisie


Commentaires

Logo de Marie
lundi 15 août 2011 à 08h53 - par  Marie

SCHWOB
Schwab, Schwaab, Schwob = venu de Souabe.
Ce nom de famille désigne l’origine du premier porteur du nom. Altération de SCHWAB, ce patronyme caractérise celui qui est souabe ou qui vient de cette région. Compris entre Rhin et Neckar, cet anicen comté d’Allemagne était habité par les Suèves et fut démembré en 1648.
Une très ancienne famille notable de ce nom, parfois latinisé en SUEVUS, habitait Mulhouse. Dès 1210, Ulricus SUEVUS est moine de l’abbaye de Murbach. Cette famille, qui portait « un lion rampant et une fasce brochante sur le tout », s’est éteinte au XIVè siècle (travaux d’Ernest MEININGER). A Rouffach sont connus au début du XIVè siècle Hans SCHWOB et Peter SCHWOB le boulanger (Urkundenbuch de Th. WALTER). En 1512 et 1523, Conrad SCHWOB possédait des biens à Riedisheim (Archives de la ville de Mulhouse). A Landser vivait en 1534 Heinrich SCHWAB, son épouse Margred GERWIG et leurs enfants (« Registres des Fondations d’Anniversaires du Chapître Inter Colles » aux Archives Départementales du Haut-Rhin). La plupart des familles SCHWOB vivant à l’heure actuelle résifdent ou sont issues de la vallée de la Largue......
Dès 1627, donc avant les grands courants migratoires consécutifs à la Guerre de Trente Ans, Jean SCHWOB dit le jeune est juré de la mairie de la Largue, sous l’autorité du maire Andres STRAUB. En 1664, le fils venant de naître au sein de la famille de Johann BLOMLEIN et de Barbara SCHWOB de Franken eut une grande hémorragie. Ses parents ayant invoqué Notre-Dame de Mariastein, il se remit. Un tableau votif qui se trouvait à Mariastein rappelait ce miracle.Une des plus vieilles maisons de Hindlingen. Au XVIIè siècle, une famille Schwob vivait dans ce village Le village d’Altenach abritait plusieurs familles SCHWOB. Les registres paroissiaux anciens, exploités dans le cadre du programme ALEXSYS, débutent en 1662 par l’acte de baptême de Jean Thiébaut SCHWOB dont la marraine fut la noble Jeanne KEMPF d’Angreth (Nobili Joanna ab Angeroeth). CHAPTER=SAINT-ULRICH, Hindlingen Fulleren,Par son arrêt du 29 décembre 1698, le roi Louis XIV réglementa les corvées de la Haute Alsace. Chaque habitant dut désormais cinq jours de corvée par an, corvée qui pouvait être remplacée par une somme d’argent. Afin d’apprécier les possibilités de ses sujets, un état des charrues et des bêtes de trait fut dressé. Pour la seigneurie d’Altkirch, par moins de sept SCHWOB sont cités : Paul à Manspach, Thiébaut à Altenach, la veuve de Nicolas à Fulleren, Jean et Thiébaut à Hindlingen et enfin Jacques et Nicolas à Saint-Ulrich. En 1848, c’est de Manspach que partit Joseph SCHWOB pour l’Amérique.
Souches anciennes
A Rouffach sont connus au début du XIVè siècle Hans SCHWOB et Peter SCHWOB le boulanger (Urkundenbuch de Th. WALTER).
En 1512 et 1523, Conrad SCHWOB possédait des biens à Riedisheim (Archives de la ville de Mulhouse).
A Landser vivait en 1534 Heinrich SCHWAB, son épouse Margred GERWIG et leurs enfants (« Registres des Fondations d’Anniversaires du Chapître Inter Colles » aux Archives Départementales du Haut-Rhin).
La plupart des familles SCHWOB vivant à l’heure actuelle résifdent ou sont issues de la vallée de la Largue.
Dès 1627, donc avant les grands courants migratoires consécutifs à la Guerre de Trente Ans, Jean SCHWOB dit le jeune est juré de la mairie de la Largue, sous l’autorité du maire Andres STRAUB.
En 1664, le fils venant de naître au sein de la famille de Johann BLOMLEIN et de Barbara SCHWOB de Franken eut une grande hémorragie. Ses parents ayant invoqué Notre-Dame de Mariastein, il se remit. Un tableau votif qui se trouvait à Mariastein rappelait ce miracle.
Une des plus vieilles maisons de Hindlingen appartenait à une famille Schwob
Le village d’Altenach abritait plusieurs familles SCHWOB. Les registres paroissiaux anciens, exploités dans le cadre du programme ALEXSYS, débutent en 1662 par l’acte de baptême de Jean Thiébaut SCHWOB dont la marraine fut la noble Jeanne KEMPF d’Angreth (Nobili Joanna ab Angeroeth).
Saint-Ulrich, Fulleren, Hindlingen.

Par son arrêt du 29 décembre 1698, le roi Louis XIV réglementa les corvées de la Haute Alsace. Chaque habitant dut désormais cinq jours de corvée par an, corvée qui pouvait être remplacée par une somme d’argent.
Afin d’apprécier les possibilités de ses sujets, un état des charrues et des bêtes de trait fut dressé.
Pour la seigneurie d’Altkirch, par moins de sept SCHWOB sont cités : Paul à Manspach, Thiébaut à Altenach, la veuve de Nicolas à Fulleren, Jean et Thiébaut à Hindlingen et enfin Jacques et Nicolas à Saint-Ulrich.

En 1848, c’est de Manspach que partit Joseph SCHWOB pour l’Amérique.

Mon anc^tre Laurent SCWOB ° avant 1630( x à Magdaleina KEMPF) Décédé le 1er mai 1688 - Fulleren,
Inhumé le 1er mai 1688 - Mertzen,
27 p 108 acte sépulture 133 - Relevé SAIREPA

Logo de André Lamey
mardi 2 décembre 2008 à 18h25 - par  André Lamey

Je ne voudrais en aucun cas contredire votre article, mais la provenance des noms en Ey en Vallée de Munster a déjà fait couler beaucoup d’encre.En ce qui concerne les Lamey un certain Monsieur Ray Lamey, natif des USA, m’avait écrit que les Lamey viennent de Norvège et sont des descendants des vikings ???
En ce qui me concerne et je parle toujours des Lamey,ils viennent des Vosges, de La Bresse, du Le Valtin etc...d’après les relevés des RP de Munster et Muhlbach.
Toutefois je serais très inéressé de connaitre les cimetières en Suisse ou Autriche ou vous avez trouvé des Lamey, le patronyme Lamey étant peu connu en Suisse( ma famille ) et en Autriche j’ai trouvé une Lamey sur tout le pays..
Sans être sur à 100 % les Werrey, Werey, Wehrey viendrait du coté de Lapoutroie.toujours au 15 et 16 ième siècle

Logo de edel marcel
dimanche 30 novembre 2008 à 18h25 - par  edel marcel

Notre directeur d’école Jacques Klem nous avait affirmé que les noms se terminent en « ey »tel que Gofeney, Wodey, Haberey, Lamey etc. avaient pour origine en Suisse dans« l’ Engatin » et dans « l’Intall » en Autriche. Qu’ils avaient amené leurs coutumes telles que le cor des Alpes etc. ? Qu’en pensez vous ?
p.s. Vous retrouverez les noms précité dans les cimetières de ces régions de Suisse et d’Autriche

Agenda

<<

2019

 

<<

Mai

 

Aujourd’hui

LuMaMeJeVeSaDi
293012345
6789101112
13141516171819
20212223242526
272829303112
Aucun évènement à venir les 6 prochains mois

Brèves

1er janvier 2011 - Premier janvier

Le premier janvier 1900, un nouveau Code civil remplace le Code Napoléon dans les deux (...)

1er avril 2010 - Jours fériés en Alsace

Depuis le 1er avril 1892 -sous régime allemand- l’Alsace bénéficie de deux jours fériés (...)

30 décembre 2009 - Création des départements

Il y a 220 ans, le 30 décembre 1789, l’Assemblée Nationale ratifiait le tracé des deux départements (...)

1er février 2009 - Louis XIV en Alsace

Le 30 janvier 1685, un arrêté du Conseil d’État interdit l’usage de l’allemand pour les documents (...)

2 janvier 2009 - Changement de calendrier

1806 : un premier janvier particulier : la France -sous Napoléon 1er- revient au calendrier (...)