Noël et les généalogies de Jésus

Jésus descendait-il de Marie ou de Joseph ?
mercredi 30 janvier 2008
par  Liliane Egele
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Fête du commerce et des cadeaux, des excès gastronomiques, pères Noël aux couleurs de Coca-Cola, sapins tendance dans des maisons hyper-décorées dès la mi-novembre, illuminations où le gaspillage le dispute au mauvais goût... Noël est devenu tout cela dans notre société de surabondance.

Longtemps avant l’ère chrétienne, on fêtait la « renaissance du soleil », au solstice d’hiver, à partir duquel les jours rallongent. C’est l’empereur Constantin, au IVe siècle apr. J-C, converti au christianisme après un rêve, qui substitua la commémoration de la naissance de Jésus à celle du soleil. Glissement de sens apparemment admis sans trop de difficulté puisque le Christ sauveur de l’humanité est dit « Soleil de justice » et « Lumière du monde ».

Les généalogies bibliques de Jésus

Jésus est dit « Fils de Dieu » mais deux évangiles rapportent sa naissance humaine. Les évangélistes Matthieu et Luc dressent sa généalogie pour deux raisons.

I. Carte d’identité.

Les noms de famille n’existant pas dans l’Antiquité biblique, on est toujours défini comme « fils de... ». À l’époque présumée de la naissance de Jésus, la Palestine est occupée par les Romains, la culture générale est essentiellement grecque, les Juifs sont une minorité religieuse dont la langue cultuelle est l’hébreu et celle du peuple, l’araméen, un dialecte sémitique. Il est primordial pour eux de se situer dans l’histoire de leur peuple choisi par Dieu lui-même lorsqu’il met l’ancêtre Abraham « de côté » ; ils perpétuent ce choix divin dans leurs généalogies, qu’ils font remonter jusqu’au patriarche et n’ont pas trop de scrupules à mettre dans les cases vides des noms d’ancêtres dont personne ne sait rien.

Jésus, né juif, est donc présenté dans ce contexte comme ses contemporains ; sa généalogie est agnatique : sauf quelques exceptions dont sa mère Marie, les épouses ne sont pas mentionnées.

II. Il est le Messie attendu.

Depuis des siècles, les prophètes annoncent un nouveau messie, « celui qui a reçu l’onction », le descendant de David, roi par excellence, de droit divin. Matthieu et Luc voient en Jésus « l’oint de Dieu » : ses généalogies deviennent alors une sorte de catéchisme qu’on récite comme un acte de foi dans le fils incarné de Dieu. Il naît à Bethlehem, cité de David et, bien que « né de la Vierge Marie », il est dit « fils de Joseph ».

Matthieu appelle le grand-père de Jésus : Jacob, fils de Mathan, Luc le nomme Héli, fils de Matthat : les deux généalogies diffèrent dès après Joseph. Laquelle est exacte, laquelle trafiquée ? Les évangélistes ne prétendent pas fournir des données scientifiques mais affirmer le caractère divin de Jésus par la présence de quelques ascendants élus de Dieu et à l’aide de la gematria, symbolique des nombres dont les Juifs de leur époque étaient familiers.

A. Généalogie de Jésus selon Saint Matthieu : Mtth. 1 : 1-17.

« Livre de la genèse de Jésus Christ, fils de David, fils d’Abraham :
Abraham engendra Isaac,
Isaac engendra Jacob,
Jacob engendra Pharès et Zara, de Thamar,
Pharès engendra Esrom,
Esrom engendra Aram,
Aram engendra Aminadab,
Aminadab engendra Naasson,
Naasson engendra Salmon,
Salmon engendra Booz, de Rahab,
Booz engendra Jobed, de Ruth,
Jobed engendra Jessé,
Jessé engendra le roi David.

David engendra Salomon, de la femme d’Urie,
Salomon engendra Roboam,
Roboam engendra Abia,
Abia engendra Asa,
Asa engendra Josaphat,
Josaphat engendra Joram,
Joram engendra Ozias,
Ozias engendra Joatham,
Joatham engendra Achaz,
Achaz engendra Ézéchias,
Ézéchias engendra Manassé,
Manassé engendra Amon,
Amon engendra Josias,
Josias engendra Jéchonias et ses frères ;
ce fut alors la déportation à Babylone.

Après la déportation à Babylone,
Jéchonias engendra Salathiel,
Salathiel engendra Zorobabel,
Zorobabel engendra Abioud,
Abioud engendra Éliakim,
Éliakim engendra Azor,
Azor engendra Sadok,
Sadok engendra Akhim,
Akhim engendra Élioud,
Élioud engendra Éléazar,
Éléazar engendra Matthan,
Matthan engendra Jacob,
Jacob engendra Joseph, l’époux de Marie,
de laquelle naquit Jésus, que l’on appelle Christ.

Le total des générations est donc : d’Abraham à David, quatorze générations ; de David à la déportation de Babylone, quatorze générations ; de la déportation de Babylone au Christ, quatorze générations. »

L’ancêtre le plus lointain est Abraham. C’est avec lui que commence l’histoire du peuple élu ; les récits antérieurs, Adam et Ève, le Déluge... sont l’interprétation hébraïque de récits entendus en Mésopotamie quand Israël y vivait en exil. Généalogie descendante , elle se compose de trois groupes de quatorze noms ou de six groupes de sept noms.

TROIS est le nombre de la Trinité : Père, Fils et Saint Esprit qui inclut Jésus le Fils.

SEPT représente le nombre de jours de la semaine, c’est le symbole d’une totalité ; il caractérise la perfection, par extension : le divin. Il représente la plénitude d’une période de temps révolu, l’achèvement du monde ; c’est le symbole de la totalité humaine.

SIX : selon les computs apocalyptiques de cette époque, Jésus viendrait au terme de la sixième semaine de l’histoire Sainte commencée avec Abraham, « à la plénitude des temps ».

QUATORZE est le « chiffre de David » le roi messianique. C’est la somme des valeurs numériques des consonnes d,v,d, de son nom en hébreu : daleth = 4 ; vav = 6 ; daleth = 4, soit au total : 14.

Matthieu veut ainsi prouver que Jésus est un descendant de David et le nouveau Messie. En retravaillant les généalogies des livres de Ruth et des Chroniques, il insère pleinement Jésus dans le cadre biblique.

B. Généalogie de Jésus selon Saint Luc : Lc 3 : 23-38.

« Et Jésus, lors de ses débuts, avait environ trente ans, et il était, à ce qu’on croyait, fils de Joseph, fils d’Héli, fils de Matthat, fils de Lévi, fils de Melchi, fils de Jannaï, fils de Joseph, fils de Mattathias, fils d’Amos, fils de Naoum, fils d’Esli, fils de Naggaï, fils de Maath, fils de Mattathias, fils de Séméin, fils de Joseph, fils de Joda, fils de Joanam, fils de Résa, fils de Zorobabel, fils de Salathiel,

fils de Néri, fils de Melchi, fils d’Elmadam, fils d’Er, fils de Jésus, fils d’Éliézer, fils de Jorim, fils de Matthat, fils de Lévi, fils de Syméon, fils de Juda, fils de Joseph, fils de Jonam, fils d’Éliakim, fils de Méléa, fils de Menna, fils de Mattatha, fils de Nathan, fils de David,

fils de Jessé, fils de Jobed, fils de Booz, fils de Sala, fils de Naasson, fils d’Aminadab, fils d’Admin, fils d’Arni, fils de Hesron, fils de Pharès, fils de Juda, fils de Jacob, fils d’Isaac, fils d’Abraham,

fils de Térach, fils de Nachor, fils de Sérouch, fils de Ragau, fils de Phalec, fils d’Éber, fils de Sala, fils de Kaïnam, fils d’Arphaxad, fils de Sem, fils de Noé, fils de Lamech, fils de Mathusalem, fils de Hénoch, fils de Iaret, fils de Maleléel, fils de Kaïnam, fils d’Énos, fils de Seth, fils d’Adam, fils de Dieu. »

Il s’agit d’une généalogie ascendante qui rattache Jésus à Adam et non à Abraham ; elle veut souligner son lien à l’humanité tout entière. Luc n’étant pas Juif mais Grec, pour lui, le Messie n’est pas envoyé qu’aux seuls Juifs mais à tous ceux qui croient en lui.

Elle aussi passe par le roi David, ce qui donne à Jésus sa légitimité messianique.

Elle compte onze groupes de sept noms, soit 77 personnes, au lieu des 42 de Matthieu.

Le nombre SEPT a la même signification symbolique que ci-dessus.
Dans le nombre ONZE, on a vu l’addition de :

CINQ : symbole du microcosme, de l’Homme individuel, représenté par l’étoile à 5 branches ; c’est l’univers manifesté, la somme de DEUX + TROIS, ou de la Terre et du Ciel.

SIX : outre la signification précédente, représente le macrocosme ou l’Homme universel, nombre de la création, accomplie en 6 jours. D’où l’étoile à 6 branches, le « bouclier de David ».

Ces deux généalogies sont totalement artificielles. Elles n’ont en commun que peu de noms, dont Yishaï, ou Isaï, mieux connu comme Jessé, le père de David qui est son 8e fils ; défini comme souche de la royauté élue de Dieu, ancêtre du Messie, Jessé de Bethlehem-Ephrata a été souvent représenté sur des vitraux ou en illustrations bibliques à la base d’arbres généalogiques, les « arbres de Jessé », au sommet desquels figure Jésus, le nouveau Messie, « cqfd ».

Sources

1) Bible de Jérusalem : textes des généalogies de Matthieu 1 et Luc 3

2) TOB : Traduction œcuménique de la Bible Nouveau Testament, 2e édition : notes de bas de pages concernant les généalogies de Jésus

3) René Voeltzel : « Selon les Écritures », Didactique biblique, tome
II « Nouveau Testament », éd. CLÉ, Yaoundé

4) Dictionnaire encyclopédique de la Bible 1987, Centre « Informatique et Bible » de l’Abbaye de Maredsous (Be), éditions Brépols


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